DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Piécettes, Marc 12,38-44

Piécettes, Marc 12,38-44 30 novembre 2018

I Rois 17,10-16.

Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? »
Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. »
Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »
Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils.
Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. »
La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger.
Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.  

Marc 12,38-44.

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,
les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.
Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Méditation fr Michel Van Aerde

Quand tout le monde participe

Alors que je rendais visite à un prêtre de paroisse en Haïti, je m’étonnais de tout ce que cet homme, dans un contexte de pénurie incroyable, avait été capable de réaliser : une école, un dispensaire, une église bien équipée. Le frère dominicain haïtien qui m’accompagnait lui demanda comment il avait fait, à quelle organisation internationale il s’était adressé, pour recevoir des dons. Quelle fut notre surprise quand il nous a répondu simplement, en créole haïtien : « c’est Mounyo », « ce sont les gens ». Autrement dit : c’est la population. Il avait mis en place un système clair de comptabilité qui donnait confiance aux gens, ceux du pays et ceux qui avaient émigré aux États-Unis.

La dignité des pauvres est de participer

Et c’est alors qu’il nous raconta une histoire, très proche de l’évangile d’aujourd’hui. Une pauvre veuve, qui vivait avec trois fois rien, lui avait un jour tendu quelques billets, quelques « gourdes », car le nom de la monnaie haïtienne, ce n’est pas l’euro, ni le dollar, c’est la gourde. La dame avait donné 5 gourdes, l’équivalent à l’époque d’un quart de dollar. Il lui a répondu qu’il valait mieux qu’elle les garde car elle en avait besoin, qu’il pourrait se débrouiller en attendant. Mais elle insista : « prends-les tout de suite, parce qu’après, si tu attends, je ne pourrai plus te les donner ».

D’entendre ce témoignage, j’avais les larmes aux yeux. Pourquoi tant d’émotion ?

Comme la veuve de Sarepta, en toute extrémité, cette dame me communiquait quelque chose qui est d’un autre ordre, un quelque chose qui touche le don mais qui est bien au-delà des chiffres et des additions.

C'est d'un autre ordre que le pur matériel, alors de quoi s'agit-il ?

« En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres ».

Que veut dire Jésus ?

Je vous propose deux axes de réflexion :

1° Qu’est-ce qui permet à Jésus d’émettre ce jugement invraisemblable ? Qu’est-ce que cette nouvelle logique ? Jésus le vit-il lui-même ?

2° Pouvons-nous le vivre aussi à notre tour ?

Qu’est-ce qui permet à Jésus d’émettre ce jugement invraisemblable ? Il répond lui-même : « Tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Tout n'est pas nécessairement beaucoup

Le critère n’est pas la quantité relative mais la quantité absolue. Elle ne donne que quelques piécettes mais ces quelques piécettes sont tout, absolument tout ce qu’elle a. Elle a donc tout donné. Et Jésus précise même qu’elle donne de son manque. « Elle a pris sur son indigence ». Franchissant ses limites, elle atteint l’absolu. Elle a tout confié. Elle est en porte-à-faux dans une relation de don, où il n’y a plus de donnant-donnant ni de gagnant-gagnant. Elle entre dans la dynamique de la pure gratuité.

Qui d’entre nous pense de cette manière-là ? Qui d’entre nous valorise une pareille décision ? Qui l’encouragerait ? Nous parlerions plutôt de manque de prudence, d’irresponsabilité, voire de folie ? Et pourtant, c’est ce que Jésus dit et ce qu’il fait.  

Pouvons-nous le vivre aussi à notre tour ?

Pour comprendre, il faut essayer, il faut s’y engager. C’est comme une expérience scientifique, il faut vérifier si cela marche, si le protocole fonctionne, si c’est donc vrai. L’enjeu en vaut la chandelle. Si vous êtes sensibles aux probabilités, pensez au pari de Pascal. Si vous êtes sensible aux taux d’intérêt, Jésus promet le centuple, c’est à dire un taux non pas de 100 mais de 100 fois 100… Est-ce que cela marche ? Pourquoi ne pas essayer ? Essayer non pas à moitié, ni du bout des doigts, mais à corps perdu, en s’engageant à fond.

Pourquoi, non pas seulement parce que « cela marche », mais plus encore parce que ce faisant, nous faisons l’expérience même de la vie de Dieu, l’expérience même de Dieu. Il est celui qui donne tout, la création, la vie, sa parole, son Fils, son Souffle, tout, absolument tout ce qu’il a et même, par-dessus le don, le pardon. Ce don est la source même de la vie. Il est la vie. Vivre le don, c’est vivre la vie. Le don est infini. J’ai toujours quelque chose à donner. 

Le baptême, c’est le passage par la mort du Christ, pour vivre non plus pour nous-même mais pour lui, non plus par nous-même mais par lui, qui est mort et ressuscité pour nous. C’est le passage par le don de sa propre vie, pour vivre décentré, autrement, en porte-à-faux sur un Autre qui répond.

Il s’agit d’anticiper dès maintenant la logique et la puissance de la Résurrection.



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