DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Pentecôte

Pentecôte 6 juin 2017

Voici une méditation du fr Roger Kessler op, du couvent de Louvain-La-Neuve, pour la messe des étudiants.

Je vous propose d’abord une histoire,

Shavouot

Ce w-e c’est génial, on a congé lundi, c’est pour cela que je décide de me rendre à Jérusalem, pour flâner dans la ville sans être tenté d’acheter tout et n’importe quoi, au moins le dimanche on est tranquille.
Mais plus j’approche de la ville et plus je suis surpris, voire contrarié, pas une place pour se garer tout est complet. Je suis obligé de laisser ma voiture à 1 km du centre. Déjà mon dimanche commençait bien, moi qui voulait flâner tranquillement, c’est raté !
J’interpelle un passant et je demande mais qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Il me répond : Mais c’est Shavouot, La grande fête juive, 50 jours après la Pâque, on commémore le don de la loi au Sinaï, le renouvellement de l’alliance.
C’est pour cela qu’il y tant de monde lui demandai-je ? Oui. Ils viennent de partout des Parthes, des Mèdes et des Elamites, de Mésopotamie, de la Capadoce. Il y a des juifs de naissance, des convertis, enfin je ne saurais pas te les citer tous, c’est vraiment un moment unique dans l’année, c’est super que tu sois venu aujourd’hui !
Super, super, il a vite dit celui-là ! Et ma tranquillité et ma paix dans tout cela ? Plus j’avançais, plus je trouvais tout cela étrange, mais étonnament, ma contrariété avait fait place à de la curiosité et je n’étais pas le seul. On s’est rassemblé autour de quelques gars qui étaient fascinanst à écouter et chacun de nous arrivait à comprendre ce qu’ils proclamaient. Dans nos langues nous entendions les merveilles de Dieu.
C’est à partir de ce moment-là que ma vie a changé. Grâce à ce moment passé avec eux, j’ai appris par la suite que c’était les disciples d’un certain Jésus et que c’est en ce jour de Pentecôte qu’ils ont reçu l’Esprit. C’est le début d’une grande histoire qui a transformé ma vie, je suis devenu chrétien.
Cette petite histoire que j’ai inventée de toute pièce avait pour but de planter le décor. Il m’arrive de m’imaginer dans cette foule de Jérusalem au moment où les disciples ont pu commencer à vivre de cette langue de feu qui s’est posée sur chacun d’eux.

Vérouillés

L’évangile de Jean nous dit tout d’abord que le lieu où se trouvaient les disciples était verrouillé. Le lieu l’était, mais eux l’étaient tout autant ; la tristesse, l’incompréhension, la peur les avaient paralysés. Néanmoins ils avaient réussi à se rassembler pour la fête, et pour revivre cette communion. Ils auraient bien pu se disperser et se fondre dans l’anonymat, mais pourtant ils étaient là, avec peut-être un vide à combler, un sens à trouver à tout ce qui c’était passé. C’est à travers la présence de Jésus au milieu d’eux, qu’ils ont pu retrouver la paix : La paix soit avec vous dira-t-il à deux reprises !

La paix qui permet de retirer le verrou

C’est lorsque nous retrouvons cette paix en nous, que nous avons la possibilité de retirer le verrou du non-sens, de l’incompréhension, de la tristesse, du vide.
La transformation à 180 ° peut s’opérer et là Jésus les envoie, en offrant ce don sans lequel rien n’est possible : « il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » ». C’est là que tout commence, c’est le point central qui fait que nous sommes ici aujourd’hui. Pas de chrétien sans Pentecôte, comme pas de bon chocolat sans la Belgique, ou pas de bonne bière si vous préférez.

Une Genèse nouvelle du monde

C’est le début, la genèse du christianisme : Il s’est passé et il se passe encore une chose inouïe qui nous dépasse et s’empare de nous, sans nous laisser ni repos ni répit. Il s’est passé à Pâques une genèse nouvelle du monde et de l’histoire, en mal d’enfantement et d’avenir. De la nuit de la croix aux innombrables matins de notre foi, c’est l’impossible qui se passe. Un impossible de l’Esprit du Christ, dont nous faisons mémoire en cette Pentecôte, l’épanouissement et la moisson de Pâques.
Si nous étions restés à la fête de Pâques, nous lirions de beaux livres d’histoire sur les chrétiens vivant aux premiers siècles.
Peut-être, nous serions croyants, car la référence à un au-delà de nous-mêmes existe depuis toujours, mais avec quel élan ? Quel dynamisme ?

L’Esprit c’est ce qui nous permet d’envisager la foi en « JE » et plus en « ON » ou en « NOUS ».

C’est intégrer la conviction que cette foi est porteuse de sens et agir pour la rendre vivante en fonction de nos différences, et c’est là que la lettre de Saint Paul est fondamentale, car les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même esprit qui rejoint chacun avec sa spécificité. C’est pour cela que les langues de feu se sont partagées, pour s’ajuster à la différence de chacun, pour former un seul corps qu’ est l’Eglise, plusieurs membres pour un seul corps et ce sont ces membres qui vont témoigner du bon fonctionnement du corps.

Déverrouillés

C’est vous, c’est moi qui sommes chargés de démontrer que nous sommes déverrouillés, que nous sommes libres d’exprimer notre foi et d’en vivre, de savoir que nos faiblesses, nos péchés nous seront remis, parce qu’en nous offrant son Esprit, Dieu nous fait confiance. Il sait qu’il y aura un résultat, dans la mesure où chacun se laisse transformer. Une nouvelle création, grâce à son souffle, est née.
Je vous souhaite la paix qui vient de Dieu, pour recevoir ensemble ce souffle de l’Esprit, pour vivre cette liberté d’annoncer le Christ ressuscité avec une langue de feu et obtenir ainsi le salut.
Donnons à chacun dans sa différence, et sans jugement, cette chance de se laisser toucher réellement de l’intérieur par le Christ et ainsi continuer à former ensemble l’Eglise.
«  Ô Seigneur envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre »
Amen



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