DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Notre Dame

Notre Dame 17 avril 2019

Notre Dame de Paris est bien sûr avant tout un bâtiment de pierres, de verre et de bois. Mais pourquoi son épreuve nous touche-t-elle autant ? Pourquoi la voir en flammes nous torture à ce point ? Pourquoi la planète entière s’est-elle resserrée comme un seul cœur meurtri ? Le souffle court, les yeux exorbités, l’esprit sidéré, nous suivions les progrès des flammes en voulant à tout prix que la destruction cesse, que la voûte, que les tours tiennent, qu’« elle » résiste malgré tout, et que l’on puisse la restaurer, la consolider – j’allais écrire la consoler –, et la voir à nouveau se dresser, dans toute sa fierté ? Pourquoi des journalistes, à la manière des pleureuses de jadis, orchestraient-ils l’émotion collective comme s’il s’agissait d’une véritable personne humaine ? « Nous n’avons pas su lui dire que nous l’aimions tant ! »

Parce que Notre Dame est un symbole, c’est à dire qu’elle incarne une réalité qui nous dépasse et dont nous avons un besoin essentiel. Symbole de notre histoire, de notre identité certes mais plus encore, plus que le Louvre ou la tour Eiffel. Elle est, nous l’avons alors constaté, un symbole vivant. Elle était un symbole vivant. Elle peut encore être un symbole vivant. Elle l’est déjà de nouveau dans l’élan de solidarité, aux multiples excès, qui nous prend aux entrailles pour la rebâtir, encore plus belle, et le plus vite possible… d’ici cinq ans ? Mais faut-il vraiment la rebâtir, la recouvrir, à l’identique ? Et gommer les dégâts, revenir comme avant, comme si rien ne s’était passé chez elle, comme si rien ne s’était passé entre nous ? Ses blessures ne sont-elles pas nos blessures, et sa restauration notre propre restauration ? Faudrait-il oublier ?

La voute à ciel ouvert, je la laisserais béante, au moins en un endroit, pour faire mémoire de ce 15 avril. Pour laisser entrer la lumière, le jour, et voir les étoiles, la nuit. Il est bon qu’une église et celle-là précisément, propose un ciel ouvert ! Nos architectes inventeront une coupole de verre, une pyramide comme ailleurs, ou je ne sais quelle fantaisie. Nous ne construisons plus comme au 13ème siècle. Au diable les intégrismes, au diable les fondamentalismes ! Viollet-le-Duc a su s’en affranchir, sachons l’imiter sur ce point. Ce serait être infidèle que de copier servilement.

Pour être pleinement résilients, faisons de ce jour de deuil un symbole de rebond. Que l’on vienne s’émerveiller de nos cicatrices transfigurées, que l’on mette les doigts dans ce cœur transpercé, pour croire sans effort que la beauté peut sauver le monde, en tout lieu et en tout temps. Les dommages sont terribles mais ils ne sont rien en proportion de certaines catastrophes naturelles ou de certains désastres humains comme celui de Fukushima ou de ces multiples guerres que nous peinons à éteindre aussi. En ce lieu limité, circonscrit, isolé dans son île minuscule, au plein cœur de Paris, Notre Dame est une véritable œuvre d’art, de foi, d’histoire. Magnificat !

 Fr Michel Van Aerde op



« Le plus récent Le plus ancien »