DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

la vengeance de la vérité

la vengeance de la vérité 9 septembre 2017

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,15-20.

Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère.
S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l'Église ; s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Encore une fois, je vous le dis : si deux d'entre vous sur la terre se mettent d'accord pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux. »

Méditation

« Si ton frère vient à pécher, va lui parler… s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère ».  Cet évangile est clair. Nous percevons très bien l’utilité des lanceurs d’alerte, la nécessité des mobilisations collectives contre les atteintes à la justice, à la dignité humaine, à l’environnement. Mais nous avons aussi très peur d’être intolérant, empêcheur de tourner en rond, redresseur de tort. Depuis 20 siècles, cette parole de Jésus est contredite par les excès de ceux qui ont réprimé abusivement, avec l’exemple facile du dominicain inquisiteur…

Je n’ai pas de recette, pas de méthode simple et générale, pour régler cette question. Je pense même qu’il ne peut pas y en avoir car qu’il s’agit chaque fois de cas particuliers, avec des collègues, des enfants, des voisins, un supérieur hiérarchique, un conjoint... Mais puisque c’est Jésus-Christ qui insiste sur l’exigence de parler, d’intervenir, de dénoncer, demandons lui comment il la met lui-même en application. Comment Dieu, finalement… oui : comment Dieu lui-même vient-il parler à l’humanité ? Ouvrons le cadre de nos vies à la dimension de l’histoire sainte, à la dimension du destin de l’humanité. Les disfonctionnements que nous rencontrons, les soucis que nous avons, les alertes qu’il faut impérativement lancer, s’inscrivent dans un contexte plus large dans lequel ils s’éclairent et prennent sens. C’est la raison de notre présence à la messe, aujourd’hui.

« Si ton frère vient à pécher, va lui parler… s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère ». Si l’humanité vient à pécher, va lui parler, si elle t’écoute, tu l’auras sauvée…
Parler, communiquer, transmettre un message… Notez que le contenu du message ne fait pas problème. La difficulté tient tout entière en la manière de parler. La forme, c’est aussi le fond. La manière de parler des choses sensibles est elle-même un message. Un exemple concret ? Je peux agir comme un inquisiteur qui dispose de la force publique et qui peut menacer de torture et de mort. Je peux le faire avec tendresse et discrétion, comme certains parents ou grands-parents. Je peux le faire comme Jésus le fait, avec colère et brutalité parfois, comme lorsqu’il traite les scribes et les pharisiens (entendez les juristes et les bien-pensants) de sépulcres blanchis, d’hypocrites ou d’assassins… Je peux le faire discrètement, comme lorsqu’il parle à la femme adultère « va et ne pèche plus »… Je sais que, de toutes façons, je prends un risque, car ma parole est portée par mon corps et celui-ci, en retour, peut recevoir des coups.
« Le Verbe s’est fait chair » La Parole a été donnée, proposée. Elle a été étouffée, enterrée. Mais le Père l’a ressuscité. Suivant le très beau titre du roman récent d’un écrivain bruxellois, il y a une « vengeance du pardon ». Tôt ou tard, il y a une vengeance de la vie, une vengeance de la vérité. Si mon frère, ou ma sœur, vient me parler, que je sache l’écouter. Si j’ai quelque chose à dire, que je ne le garde pas pour moi.



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