DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

La sainteté mode d’emploi

La sainteté mode d’emploi 18 août 2018

Invitation du père Thierry Min à lire

l'exhortation du pape François


L’appel à la sainteté du pape François a été publié à l’occasion de la fête de Saint Joseph, le 19 mars. Il aurait pu être publié également à l’occasion de la fête de Saint Joseph travailleur. En effet, le pape adresse cet appel à la sainteté à chacun de nous et le chemin de la sanctification est sans doute moins un travail sur soi que le fait de travailler au cœur du monde.

L’exhortation est composée de 5 chapitres :

la sainteté, pour qui ? (ch. 1), pourquoi ? (ch. 2), c'est quoi ? (ch. 3), comment ? (ch. 4), et quand ? (ch. 5). Elle se présente comme un mode d’emploi. Au gré des chapitres, le pape évoque la figure de différents saints de tous les continents, de tous les temps, de toutes conditions de vie. La sainteté n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, un chemin de crête pour disciples amateurs de sensations fortes. Nous sommes TOUS appelés (§ 10) ! Soulignons le génie féminin (§ 12) dans ce domaine capable de provoquer de nouveaux dynamismes spirituels et d’importantes réformes, comme par exemple, Sainte Thérèse d’Avila comme sainte Thérèse de Lisieux, reconnues comme deux docteures de l’Eglise !

Le saint n’est pas quelqu’un de fort, mais quelqu’un qui se sait fragile et qui a besoin d’autrui.

Avec Dieu, il peut tout faire avec d’autres. C’est l’une des convictions du pape : la sainteté n’est pas un chemin individuel, mais communautaire. Le saint doit œuvrer au cœur du monde, et son investissement dans le vivre ensemble, la vie communautaire lui permet de découvrir la communion des saints. Ainsi, le saint est pour ainsi dire un être « agi ». Certes, la prière est importante, mais elle consiste moins à joindre les mains qu’à les tendre à celles et ceux que l’on rencontre pour les aider à se relever ou à rompre l’isolement.

En fait, l’exhortation invite chacun à prendre en compte l’ensemble de sa vie et à considérer toute sa vie comme un chemin de sanctification (§ 22).

Le pape nous met aussi en garde contre deux maux :

le gnosticisme (une connaissance réservée à une élite) et le pélagianisme (une prétention humaine de tout maîtriser). Le gnosticisme est l'aliénation de l'intelligence et le pélagianisme est l'aliénation de la volonté. Or, la sainteté ne consiste pas à se considérer simplement comme enfant du Père, mais à découvrir combien le visage du Père se reflète dans celui du frère. (§ 61)
Cette exhortation nous offre aussi une belle méditation sur l’évangile des Béatitudes qui nous accompagne chaque année lors de la fête de la Toussaint. (chapitre 3)

Dans le monde actuel, le pape présente cinq caractéristiques de la sainteté

comme cinq manifestations de l’amour envers Dieu et le prochain. En effet, la culture actuelle est gangrénée par l’anxiété, la négativité et la tristesse, l’acédie et, ô combien, l’individualisme. (chapitre 4).
Le pape souligne l’importance d’être ancré en Dieu pour ne pas se laisser entraîner dans la spirale de la violence, de la calomnie, de la diffamation.

Faire preuve d’humilité jusqu’à accueillir l’humiliation comme un chemin d’imitation de Jésus- Christ (§120) :

ce n’est pas quelque chose d’agréable, mais quand les humiliations arrivent, « Seigneur aide-moi à sentir que je suis derrière toi, sur ton chemin. » Tel est le chemin d’un authentique disciple-missionnaire.
Cependant, ce qui a été dit jusqu’à présent n’implique pas un esprit inhibé, triste, aigri, mélancolique ou un profil bas amorphe. Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. (§ 122) Nous retrouvons ici l’une des caractéristiques chères aux Missionnaires du Sacré Cœur puisque l’humour est ce qu’il y a de plus sérieux dans leur règle !

Le Pape nous appelle à la parresia, (§ 132) terme que le pape affectionne pour désigner une ferveur audacieuse.

Le saint est pour ainsi dire moins un homme ou une femme des efforts de carême qu’un homme ou une femme du temps pascal, ouvert au souffle de l’Esprit Saint. « Dieu est toujours une nouveauté qui nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières. » (§ 135) Et quel que soit l’endroit où nous nous trouverons, nous y trouverons des frères et des sœurs pour vivre en communauté.

La communauté est le lieu de la présence du Ressuscité car elle préserve les petits détails de l’amour.

Le pape nous invite alors à découvrir combien avec peu le Ressuscité fait beaucoup. Le paragraphe 144 est sans doute l’un de mes préférés : il s’agit d’un appel à méditer quelques passages de l’évangile mais aussi à découvrir que, dans une vie sanctifiée, il n’y a pas de points de détail, mais chaque parole, chaque geste, chaque personne a son importance. Il ne s’agit pas d’être scrupuleux, pointilleux… mais d’être attentif au monde qui nous entoure. Le saint a pour ainsi dire tous ses sens en éveil pour ajuster son discernement à la situation qui se présente. Le saint est à l’écoute.

C’est dans le silence qu’il est possible de discerner (§ 150) et il s’agit d’un chemin de prière de contemplation, de lecture priante de la parole de Dieu.

Le saint est pétri de la parole de Dieu.

Il sera ainsi en mesure de poursuivre le combat (§ 158), non seulement contre la mentalité mondaine ou notre propre fragilité, mais contre le diable : n’oublions jamais que la finale du Notre Père est un appel à lutter contre le mal et à ne pas entrer en tentation (§ 160) afin de ne pas être corrompu par le péché.

Pour avancer sur le chemin de la vie, le pape nous invite à marcher avec la Vierge Marie car elle a vécu comme personne les Béatitudes de Jésus (§ 176). Elle n’a pas besoin de beaucoup de paroles et il nous faut persévérer à nous tourner vers elle pour chuchoter encore et encore : « Je vous salue Marie… » ce qui nous conduit à comprendre que le chemin de la sainteté sera toujours une Visitation.

Abbé Thierry Min, curé en Moselle


 



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