DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

La Parole vivante

La Parole vivante 28 janvier 2020

Un jour consacré à la Parole

Le 30 septembre dernier, le pape François a déclaré : « J’établis que le 3ème dimanche du temps ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu ». Cela ne peut que réjouir un dominicain !

« L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » Mt 4, 4. Parce que je fais partie de tous ceux qui ont faim, j’ai commencé par être ingénieur agronome, et puis j’ai évolué pour être prêcheur, au plus près de cette Parole qui nourrit. Pourquoi cette parole nourrit-elle, pourquoi est-elle si nécessaire, pourquoi le pape nous demande-t-il de la célébrer, de la proclamer ?

1.Tout d’abord distinguons le texte et la Parole, la Parole vivante.

Notre rapport au texte n’est pas celui des musulmans au Coran. Les chrétiens ne sont pas fondamentalistes, les juifs non plus. Nous respectons le texte, nous le vénérons mais il n’est pas la parole vivante. Comme disait un rabbin le texte est un prétexte, prétexte à la discussion, à la dispute rabbinique justement. La Bible n’est pas la Parole mais la méditation de la communauté est une parole vivante.

2. La Parole, c’est quelqu’un :

le Verbe, la deuxième personne de la Trinité, qui s’est incarné en Jésus de Nazareth. « Le Verbe s’est fait chair ». Et cette parole est au milieu de nous quand nous sommes réunis en son nom, quand nous prions, quand nous faisons mémoire de Jésus, quand nous méditons la parole biblique.

3. L’homélie, l’actualisation, l’appropriation des lectures est vitale.

Et nous pouvons comprendre l’irritation de certains lorsqu’on célèbre l’eucharistie sans aucune méditation.

4. Mais peut-on se satisfaire qu’il n’y ait que le prêtre qui ait le droit de s’exprimer ?

Le pape critique le cléricalisme, ne commence-t-il pas par ce fait massif que dans nos eucharisties, un seul parle, sans risque d’être contesté, ce qui est une forme d’abus de pouvoir et que l’on se prive ainsi ce que tout un chacun pourrait apporter ? N’y a-t-il pas quelque chose à inventer pour que la Parole puisse être pleinement reçue, partagée et célébrée ?

 5. Un cadre et quelques règles

Nous voyons bien les difficultés : même avec un micro-émetteur, ce qui est possible à 20 devient plus difficile à 50 et impossible à 200. Mais ne pourrions-nous pas y réfléchir un peu ? Cela vaut la peine et pourrait nous réveiller.

Dans cette église, nous sommes plusieurs frères prêtres à intervenir, très différents entre nous. Nous préparons en étudiant le fond. Nous nous préparons aussi, par une formation à long terme et à court terme, en écrivant, pour éviter les bavardages et pour ne pas être trop long.

D’autres personnes prennent aussi la parole, hommes et femmes, comme la sœur Marie, dimanche dernier, et Thierry durant l'Avent. Que ceux qui sont intéressés par une homélie partagée, n’hésitent pas à nous en parler. Nous pourrions préciser les conditions, le rythme, mensuel ou bimensuel, le temps limité de l’intervention, l’exigence de traiter son sujet sans déborder. Il serait intéressant de découvrir les règles à suivre, le cadre à définir, pour un vrai service d’une Parole dialoguée.

Il peut être possible de tenter une formule moyenne : je prêche 5 minutes et je donne la parole cinq minutes pour que l’on puisse réagir et compléter.

6. Autres formes de dialogue

Il faut aussi ouvrir la perspective car pour la prendre la parole et dialoguer, il n’y a pas que l’oral. La Parole partagée, ce sont aussi des articles, des livres, des blogs, des videos etc. Les moyens ne manquent pas aujourd’hui pour communiquer ! La plupart d’entre vous connaissent notre effort sur Dominicains TV où les frères interviewent des personnes qui ont des choses à dire. Nous avons installé un studio dans notre salle de conférence, au rez de chaussée.

7. Il y a la parole partagée, et le texte biblique.

Revenons à celui-ci si vous voulez bien. Il s’agit de la mémoire du peuple des croyants, une parole à la fois pleinement humaine et pleinement spirituelle, divine en quelque sorte. Pourquoi ? Parce qu’on y sent la présence d’un Esprit exceptionnel, différent, le Souffle de Dieu. C’est une parole inspirée. Et ce que l’on entend est parfois transcendant, incroyablement libre, non conditionné, plein de vie, accordé.

8. Quel est le statut particulier de la Bible par rapport aux autres écrits ?

Il y a certes de beaux textes dans la littérature générale de l’humanité, des paroles de sagesse, des témoignages admirables, des pages d’expériences mystiques très authentiques. Il ne s’agit pas de s’en passer.

Mais pour moi, chrétien, (ici, je parle personnellement) je n’y retrouve pas la densité de certains passages bibliques, qui sont des sommets, comme les béatitudes ou d’autres paroles de Jésus.

L’expérience spirituelle que l’on trouve dans l’ensemble du patrimoine de l’humanité est belle, forte et complémentaire, mais nulle part je ne trouve une profondeur aussi radicale que celle du mystère pascal. Je ne cherche pas à imposer mon point de vue mais je comprends les chrétiens qui ont choisi un certain nombre de grands textes et les ont déclarés inspirés, s’y référant comme à une tradition source, inspiratrice pour leur vie et pour leur communauté.

9. Le pape François insiste donc pour que les chrétiens, les catholiques, valorisent la Parole de Dieu, la Bible et son étude, sa proclamation liturgique et la méditation partagée.

Sans elle, on est rapidement envahi de lieux communs. Avec elle, on est constamment réveillé, étrillé, stimulé. Elle nourrit notre imaginaire, notre perception du temps, de l’histoire humaine. Elle nous rend forts dans l’adversité. Elle nous aide à trouver les mots pour remercier, pour respirer dans l’action de grâce, la louange, la relation à Dieu. Elle nous donne de voir ce qui n’est pas encore, de risquer des prises de position dont nous savons qu’elles ne seront pas bien reçues, d’être fermes dans l’adversité. Avec elle nous tenons debout et savons où nous allons, sûrs de ne pas être seuls ni abandonnés. Avec elle, je me perçois comme partie prenante de toute une histoire, de toute une alliance, qui aboutit au Christ ressuscité.

***

Merci Seigneur pour ta Parole,

celle que nous ont communiqué ceux qui nous ont précédés, celle que nous partageons entre nous. Elle entre par nos yeux, nos oreilles, jusque dans notre cœur. Elle nous est proche, plus intime en nous que le plus intime de tout.



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