DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

La descente au plus bas

La descente au plus bas 13 janvier 2019

Luc 3,15-16.21-22.

En ce temps-là, le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.
L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Un cours sur le baptême et la confirmation : ici

Méditation

La Bible : une histoire et une géographie

Contrairement au Coran qui est un ensemble de phrases, assemblées sans rapport les unes avec les autres, sinon que l’on commence par la plus longue pour aller vers la plus courte afin d’économiser le parchemin, la Bible est un récit, un récit qui s’appuie sur des lieux et sur des événements précis. On prêche toujours sur les événements. Aujourd’hui laissez-moi commenter le lieu. Il y a une signification théologique de la géographie, que l’on comprend aussitôt quand on est sur place, mais que je peux essayer de vous suggérer.

Un lieu précis

Béthanie, le lieu du baptême, en face de Jéricho est tout à fait identifié. Il y a des sources d’eau douce, un petit oasis dans le désert, au pied des montagnes pelées de Jordanie, à quelques kilomètres de la mer morte. Un endroit agréable, encore aujourd’hui, alors que le Jourdain se réduit à quelques flaques reliées par un cours d’eau aussi faible que la woluwé du côté du Wolubilis, près du métro Roodebeek. Le traverser à pied sec n’a maintenant rien de miraculeux puisque toute l’eau est pompée pour irriguer le pays. Ce qui saute aux yeux, c’est l’eau justement, et sa rareté. Il a fallu creuser un peu pour que les pèlerins contemporains puissent se filmer en tuniques blanches, immergés jusqu’aux reins dans une eau boueuse, pour rejouer le geste d’être renversés en arrière par trois fois avant d’être relevés.

La descente

Les eaux ne sont plus abondantes comme avant. La mer, toute proche, descend inexorablement, d’un mètre vingt par an. Elle a perdu plus de la moitié de sa superficie et va vers une seconde mort. C’est le point le plus bas de la terre, qui continue à descendre jusqu’à ce que l’on touche le fond, le fond du fond. « Jourdain », en hébreu comme en arabe, signifie celui qui descend. Etre baptisé, c’est descendre dans celui qui descend, pour en remonter purifié. C’est vivre l’humilité pour retrouver sa dignité.

Au secours !

Cela, nous le comprenons peut-être difficilement. Pourquoi ? Parce que la dernière chose dont prend conscience le poisson, c’est de l’eau de son bocal… jusqu’à ce qu’il en soit privé. Imaginez-vous privé de la douche journalière, au point que le besoin de se laver se fasse « sentir »… Imaginez-vous sale et mal dans votre peau, physiquement, dans la chaleur et dans l’odeur… Imaginez vous aussi moralement atteint, avec quelque chose de pourri quelque part. Imaginez-vous perdu de regrets, le visage tordu, ne vous reconnaissant plus vous-même dans un miroir. Alors peut-être pourrez-vous comprendre la chance que peut présenter cette opportunité de pouvoir être basculé, plongé, immergé au point de suffoquer, la chance de se perdre de vue, les yeux aveuglés, pour renaître, oui renaître dans une lumière et un souffle neufs, dans le regard régénérant d’un pardon assuré.

Avec le Messie, entrer en terre promise

Sortir du marécage, marcher d’un pied ferme sur une terre nouvelle, voilà ce que le peuple venait chercher auprès de Jean Baptiste, en ce lieu précis où, après 40 ans dans le désert, le peuple avait traversé le Jourdain pour s’approcher de Jéricho. Expérience de l’eau, expérience de l’entrée en Terre promise, en suivant « Josué », ou « Jésus », c’est en hébreu le même mot : « Jeshua », « Dieu sauve »… parce que, parfois, on perçoit bien qu’il n’y a pas d’autre issue possible sinon celle d’un véritable salut. Il s’agit de rien moins que d’être « sauvé », oui sauvé, par miracle, car on ne voit pas comment cela pourrait se faire autrement que de manière inespérée.

« le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. »

Un baptême dans l' Esprit et le feu

Jean leur précise que non seulement il n’est pas le Messie, mais aussi que, plus encore, s’il baptise dans l’eau, le Messie, lui, baptisera dans le feu et dans l’Esprit de Dieu. Ce qu’il attend, Jean baptiste ne peut que l’imaginer, au-delà de ce qu’il peut penser.

Ce que Jean a vu et entendu est étonnant. Sur un jeune homme qui  venait d’émerger des eaux de son baptême, l’Esprit planait comme il planait sur la toute première création. Celui-ci ne s’appelait ni Charles Michel, ni Donald Trump ni Emmanuel Macron, mais Jésus de Nazareth, et l’on se souvient encore de son nom. Il n’a sauvé ni Jérusalem de la destruction, ni sa propre peau. Dans ce baptême où tous les autres viennent laisser leurs insanités, dans un échange perveilleux, il prend sur lui notre pauvre peau, nos blessures et nos autodestructions.

Une fois pour toutes et en un lieu précis, pour manifester un mystère universel et permanent.

Jésus assume nos trahisons, notre péché et jusqu’à notre mort. C’est pourquoi le Père le glorifie car, en tout ce qu’il dit et ce qu’il fait « il est son Fils bien-aimé, qui fait toute sa joie ».



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