DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Jeshua

Jeshua 27 décembre 2017

Homélie du fr Jacques Martin op   Montpellier


C'était un juif de Galilée.

Il s'appelait Jéshua, qui se traduit Dieu sauve ou, comme dit Philon, Le salut du Seigneur. Il partageait le sort des paysans du coin, étroitement soumis au dur pouvoir romain, contrôlés par les riches et accablés d’impôts. Sa langue était l'araméen, il connaissait l'hébreu biblique et pratiquait peut-être, à l’occasion, un peu le grec... Il devint artisan sans grande conviction car il manifesta très vite un vif désir d'indépendance, préférant se situer sous l'horizon universel d'une existence itinérante en rejetant résolument les servitudes et les contraintes d'un mode de vie traditionnel et ennuyeux. Il était circoncis, il observait la Loi réellement mais librement. Tourné vers l'avenir plutôt que vers le Temple de Jérusalem, il demeura célibataire sans complexe ni regret, uniquement soucieux de l'Alliance à promouvoir, vaste passion qui l’habitait. Honorant Dieu dans sa prière, il nourrissait aux yeux de tous une exigeante intimité, très singulière, sans égale, avec l'Auteur de la Promesse, Partenaire incomparable de sa vie aventurée...

Disciple du Baptiste

Disciple quelque temps d'un immense prophète original et prestigieux, au point de partager sa vie dans le désert et d'être baptisé par lui dans les eaux du Jourdain avec la foule pénitente en préfiguration de l’Israël nouveau, il fut l'objet d'une expérience spirituelle et personnelle qui bouleversa sa foi. – Seul, en première ligne, après l'exécution de son mentor providentiel, Jéshua s'identifie à un projet très subversif. Le temps de la miséricorde a relayé celui du jugement vengeur. La compassion de Dieu efface sa colère et le pardon libérateur ouvre à tous le Royaume de proximité. Il faut le dire, l'annoncer. C'est l'heure de la fête, de la joie, de l'espérance. Avec quelques amis, quelques copines intéressés, il part sur les chemins de son petit pays proclamer le dessein du Dieu insoupçonné mais qu'il donne à connaître, Dieu d'amour et de bonté, tel qu'il le sent, tel qu'il le voit. Il se fait le champion de la vie transformée, de la justice inaugurée, de la paix fraternelle, de la dignité des pauvres. Il lutte contre la domination, la maladie et la souffrance, il offre les prémices d'une humanité transfigurée, réconciliée. Semblable au grain de sénevé, elle est en germe, en devenir, il en dispense le secret...

Trop vivant ?

Bien sûr, à divaguer ainsi il se fera des ennemis ! Des bien-pensants, des religieux, des officiels, des spécialistes, gens en place, haut du pavé, bénéficiaires du Système. Ils le contrediront, ils le harcèleront, le persécuteront et, pour finir, auront sa peau.
Tout pourrait donc s’arrêter là. On aurait dû n'en plus parler. – Mais très étrangement et contre toute attente une rumeur s'est répandue. Les compagnons se réunissent, ils le disent vivant, communicant avec les siens ; ils se découvrent courageux, heureux, paisibles, pardonnés, aptes à parler au peuple et à crier partout : Il est vraiment ressuscité ! Dieu ne l'a pas abandonné, Dieu est amour, c'est vrai : il a rendu justice à ce Jéshua de Nazareth, et voici que du coup les actes et paroles du Galiléen se trouvent confirmés, ratifiés, fondés rétrospectivement. Il était bel et bien le Témoin, l'Envoyé, on le dira Messie, grand prêtre, fils de l'homme, Fils de Dieu, Verbe fait chair et à jamais Seigneur. On le racontera en quelques documents qui mêlent inextricablement les souvenirs des partisans et l'expérience neuve des communautés. Et à défaut de collecter quelques détails précis sur la venue au monde et la petite enfance de ce Jéshua – qui demeurent inconnus, enfouis dans le passé – on les reconstitue de manière biblique, en recourant aux prophéties, aux personnages illustres, aux récits populaires abondamment fournis par l'Ancien Testament. Ce genre littéraire dénommé midrash ne surprend nullement les croyants initiés de ces temps révolus, ils savent en tirer tous les enseignements. Mais bien des gens à notre époque prennent à la lettre ces récits codés, on confond la légende et la Réalité, au risque que le merveilleux détourne de la foi tant de contemporains alors qu'il a pour but de la fonder et l'exprimer, la proclamer dans sa vigueur !

Dieu

Nous célébrons ce soir la naissance du Christ, la manifestation en pleine humanité du Dieu vivant libérateur. Il n'est jamais facultatif de préciser que Dieu n'est autre que cet homme, ce Jéshua des années 30, misérable et glorieux, un homme comme vous et moi et cependant si différent, humble, patient, fidèle, Amour inépuisable et inconditionnel. En sorte qu'il nous appartient d'en vivre solidairement afin de promouvoir ensemble un monde transformé et sauvé de la mort. Trop de prédicateurs, de catéchistes ou d'évêques, oublient de dire en leur discours qu'ils parlent au Nom de l'un de nous, né de Marie et mort en croix, ouvrant par sa métamorphose une étape inédite de l’évolution . C'est arrivé un jour, nous en faisons mémoire et nous l'actualisons. Noël, joyeux Noël, humanité divine, nous en sommes responsables dans la peine et dans la joie, dans l'Espérance partagée !
 



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