DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Eternel ?

Eternel ? 7 novembre 2019

Quelqu’un que je connais bien, pas loin d’être pensionné, fut pris à partie par certains qui s’inquiétaient de l’avenir. L’un d’entre eux, sans vouloir le froisser, lui a suggéré gentiment : « frère, excuse-moi, mais tu n’es pas éternel… » trois points de suspension. Et l'autre lui a répondu, un peu gêné de s’entendre dire une telle énormité : « si, je crois que si, je suis éternel ». Il ne se l’était jamais avoué.

La réponse n’était pas politiquement correcte et ne résolvait pas le problème de sa succession, mais elle jaillissait comme une limpide vérité. Elle prenait racine dans une conviction profonde, qui n’était pas seulement intellectuelle, qui n’était pas non plus un excès de confiance en soi, ni le produit d’un égo surdimensionné. Elle était de ces évidences impossibles à démontrer, ressenties au plus intime du cœur, comme un mystère insondable, celui d’une source qui ne tarirait jamais.

Qu’auriez-vous répondu à cette question du jour d’après vous, des jours sans vous ?

Et qu’allez-vous proclamer tout à l’heure, juste après que j’aie parlé, après une minute de silence, quand nous réciterons le credo ?

Comment ressentez-vous cette question ?

Elle n’est pas celle de la mort. Elle est plus profonde que la question de la mort, car la mort est un appauvrissement radical, une dessaisie totale de soi. Elle peut être un passage, elle n’est pas nécessairement la fin de tout. Elle n’est pas nécessairement le début du néant.

"L’animal qui enterre ses morts", comme il enterre les graines qu’il a semées, a le sentiment confus que quelque chose se poursuit, contre toute évidence, alors que la terre recouvre tout et que l’on ne voit plus rien.

Et pourtant ! "L’animal qui enterre ses morts" a le sentiment confus que non seulement ce qui a été vécu continue à exister mais plus encore que ce n’est pas fini.

Mais que reste-t-il ?

Que restera-t-il de notre ville, dans 2000 ans ?? Que restera-t-il de nos musées, de nos chefs d’œuvres, des tableaux de Breughel, de la pipe de Magritte ? Que restera-t-il de l’Europe ? Que restera-t-il de nous, de vous, de moi ?

Qu’est-ce qui va nous permettre, dans 4 minutes à peine, de dire ensemble « Je crois à la vie éternelle » ? Qu’est ce qui nous permet de nous croire éternels, sans pour autant nier la mort ?

Qu’est-ce qui peut soutenir en nous ce sentiment, nourrir cette conviction ?

Nos contemporains, comme les sadducéens du temps de Jésus, dans leur grande majorité, n’y croient pas. Ils ont remplacé l’éternité par la notoriété. Pour eux, je cesserai vraiment d’exister quand plus personne ne se souviendra de moi.

Ne nous moquons pas. Ils ont raison, ils sont sur le chemin. Ils comprennent inconsciemment et sans en tirer toutes les conséquences, que tout est là : dans la relation. C’est l’autre qui me fait exister, ne serait-ce qu’en pensant à moi, en se souvenant de moi, en faisant mémoire de moi.



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