DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Dieu Amour Trinité

Dieu Amour Trinité 12 juin 2019

Jean 16,12-15.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

Méditation

La vague de terrorisme religieux a vidé de son contenu le concept de Dieu. Croire en Dieu ? La question de son existence se pose moins que celle de son identité : « Quel Dieu ? ».

Aujourd’hui nous fêtons le Dieu Trinité. Or il n’apparaît jamais dans la Bible comme tel, en soi, ni comme une question, ni comme une solution. On le voit dans l’action, dans la vie. L’ange de l’annonciation révèle à Marie qu’elle va recevoir l’Esprit et qu’elle concevra le Fils du Très Haut. Au baptême de Jésus, l’Esprit descend comme une colombe et une voix se fait entendre : « Celui-ci est mon fils bienaimé en qui est toute ma faveur ». A la Transfiguration, Jésus prie son Père et son corps est rayonnant. Sur la croix, Jésus donne son dernier Souffle. Il remet son Esprit, au Père. Le ressuscité apparaît à Madeleine et lui dit : « voici que je monte vers mon Père et votre père, vers mon Dieu et votre Dieu ». A la Pentecôte, les apôtres reçoivent l’Esprit et ils trouvent la force d’annoncer Jésus, ressuscité par le Père.

Jésus parle sans cesse de son Père et on ne peut le comprendre sans l’Esprit. Ils sont tous les trois inséparables et toujours en action. « Mon Père travaille et moi aussi je travaille toujours » Jn 5, 17.

On peut donc se demander pourquoi fêter un jour particulier le mystère du Dieu vivant, d’une manière qui risque d’être abstraite et donc mal comprise. On risque de créer un problème, un mystère comme on dit, plus que d’en révéler la force et la beauté.

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La mondialisation des religions nous conduit à les comparer. Il faut connaître le minimum de chacune des religions. J’entendais un jour dans la rue des personnes qui s’interrogeaient. « Tu as lu le Coran, toi ? Maintenant les catholiques le lisent. Il faut que nous le lisions aussi ! » Eh bien, réciproquement, si les musulmans étudient l'évangile, il va falloir que nous l’étudiions, nous aussi ! Sinon, comme me le disait récemment un jeune dominicain converti de l’Islam : les chrétiens ne sont plus que des humanistes. Ils parlent de « valeurs », mais ils n’annoncent pas la foi.

Cela dit, entrons dans le sujet ! « La théologie, c’est simple comme Dieu et Dieu font trois »[1].

Pour aimer, il faut être plusieurs. Pour être l’amour, il faut être plusieurs. Et, en même temps, l’amour unit et il unit tellement que l’on ne forme plus qu’un.

« Qu’ils soient un, comme nous sommes un, moi en toi et toi en moi ».

« Si Dieu est seul, disait un philosophe juif, il devient fou. En hébreu, le mot Dieu est pluriel : Elohim. Il y a la Parole de Dieu, le Dabar, l’Esprit de Dieu, la Ruah… ». Dans le Coran aussi, Jésus est Parole Dieu et Marie reçoit l’Esprit de Dieu. Peut-être qu’un jour nous dépasserons les oppositions ?

Toujours est-il que nous croyons en un Dieu amour, qui est un et qui est trois, sans confusion ni séparation et que cet amour est le modèle de toute société. « Qu’ils soient un comme nous sommes un ». "La Trinité est notre programme social", disait Fedorov[2].  « Tout ce que possède le Père est à moi ». Tout est commun entre eux.

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Chacun de nous peut proposer une image, une métaphore, une analogie. Saint Augustin propose la structure psychologique : Mémoire, Intelligence, Volonté. En Afrique on préfèrera parler de Dieu-famille, l’unité dans la diversité, ce foyer où jaillit la vie et dans lequel les enfants peuvent grandir. Grégoire de Nysse, au 4ème siècle, évêque, père de l'Eglise, marié à Théosébie, un très grand théologien, un grand saint, dira que chaque personne de la Trinité est avant tout une relation : la paternité, la filialité, l’amour réciproque du Père et du Fils. Thomas d’Aquin, dans la même ligne, parlera de « relation constitutive de la personne », nous permettant d’approcher ainsi le mystère de la Résurrection et de la création. Nous sommes parce que nous sommes aimés. Nous sommes parce que nous sommes reliés.

Mourir, ce n’est pas disparaître, mais nous donner, nous confier, nous abandonner, non pas à la mort mais à l'amour qui va nous ressusciter puisque, tout au long de notre vie, il nous a suscités, animés, accompagnés.

[1] Jacques Prévert, Croyances et religions 

[2]Cité par Barbara NICHTWEISS, « Mysterium Trinitatis et Unitatis. Communauté et société à la lumière de la foi trinitaire et des hérésies antitrinitaires », trad. Béatrice JOYEUX, Communio, 24/5-6, sept.-déc. 1999, p. 188. Fedorov (1828-1903) fut l'ami de Dostoïevski, Soloviev, Tolstoï.



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